Palmiers en danger ou comment tenter le diable !

Suite à la parution le 29 Juillet dernier dans les colonnes de VAR-MATIN
d’un article relatif à l’emploi de l’Emamectine-Benzoate
par les services Espaces Verts de Bormes-Les-Mimosas
sur les palmiers de sa commune atteints du Charançon rouge,
il était bon de rééquilibrer les informations diffusées afin que les lecteurs
ne croient pas à la découverte d’une panacée aux effets inoffensifs.

Tout d’abord l’emploi du mot biologique
pour l’emamectine-benzoate ne convient pas.

Ou alors, au prétexte que ce produit est issu de la fermentation d’une bactérie,
il faut illico presto reclasser dans le jargon « Bio » tous les produits d’origine naturelle
comme le cyanure, le botox ou le curare.

Pour rappel, tous les produits chimiques dans quelque contexte que ce soit,
tiennent pour origine une matière active naturelle qui a été synthétisée
et multipliée à l’infini en vue de sa commercialisation.

Endothérapie

Nombre de ces matières synthétiques sont bien loins d’être biologiques.

D’ailleurs, il n’y a qu’à lire la fiche de données de sécurité
fournie par SYNGENTA AGRO :

“ Conditions d’emploi:
– Pour protéger les pollinisateurs, supprimer les inflorescences avant la floraison
des palmiers chaque année pendant toute la durée du traitement
et au moins un an après l’arrêt de celui-ci.

R20 NOCIF PAR INHALATION
R36 IRRITANT POUR LES YEUX
R48/22 NOCIF : RISQUE D’EFFETS GRAVES POUR LA SANTE EN CAS D’EXPOSITION PROLONGEE PAR INGESTION
R68/20/21/ NOCIF : POSSIBILITÉ D’EFFETS IRREVERSIBLES PAR INHALATION,
PAR CONTACT AVEC LA PEAU ET PAR INGESTION
R50/53 : TRES TOXIQUE POUR LES ORGANISMES AQUATIQUES, PEUT ENTRAINER
DES EFFETS NEFASTES A LONG TERME POUR L’ENVIRONNEMENT AQUATIQUE.”

Avec l’article réducteur de notre quotidien préféré, on le voit, les laboratoires phytopharmaceutiques continuent à entretenir le débat tronqué
du sauvetage assuré des palmiers par des moyens dangereux
pour l’Homme et son environnement.

L’emploi de l’émamectine-benzoate à raison de huit fois par an,
tel que préconisé, ne résout pas pour autant l’efficacité d’une méthode de lutte
que l’on a toujours voulu résoudre par l’emploi de moyens chimiques durs.

Imidacloprid (Confidor), endothérapie,
ces méthodes de prophylaxie ont toutes démontré leur limite
malgré des appuis politiques curieux jusque dans les sphères
les plus hautes de l’état et de ses services agréés.

Alors qu’on fait fi de moyens alternatifs qui, inoffensifs pour l’homme,
pourraient s’avérer plus efficace -c’est déjà prouvé pour certains d’entre eux (Nématodes),
on enferme le débat dans une combat de chapelles.

L’emamectine-benzoate qui a reçu son examen de passage pour l’homologation
requiert depuis le 29 Janvier dernier par l’ANSES
(Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail) une demande de changement de l’adjuvant THFA (tétrahydrofurfurylique)
utilisé dans le produit pour raison cancérigène dans un délai de un an…

Cette même agence a demandé à ce que l’emamectine soit reconduit
dans son expérimentation quatre années supplémentaires.

Lien utile : http://www.actu-environnement.com/ae/news/reproduction-toxicite-thfa-solvant-classification-reglement-14362.php4

Pour la petite histoire, San Remo, Bordighera et Imperia,
trois villes italiennes de la Riviera viennent d’interdire l’accès à la voie chimique
de l’emamectine sur leurs palmiers préférant des alternatives plus sûres
pour la santé de leurs administrés et de leurs jardiniers.

En Espagne (Elche) sous les palmiers atomisés au moyen de l’Emamectine,
il est conseillé de ne pas stationner sous les sujets,
étonnant pour un produit dit « Bio », non ?

Enfin et sans jeter la pierre à quiconque, une commune se doit de garder une certaine neutralité quant à l’indication qu’elle donne sur le choix d’une stratégie de lutte.

A lire l’article on pourrait s’abandonner au raccourci facile,
à savoir que Bormes-les-Mimosas comme d’autres communes
en quête de solutions coûte que coûte mangent la soupe à l’émamectine.

Or, à l’heure actuelle, nul ne sait ce que l’avenir réserve
à notre palmeraie méditerranéenne.

Le Charançon rouge (Rhyncophorus ferrugineus), originaire de Malaisie,
a succédé à un autre parasite le Papillon palmivore (Paysandisia archon).

Rhynchophorus ferrugineus

Les premiers sujets de palmiers atteints ont été détectés officiellement
en 1994 en Espagne mais le parasite semble avoir été introduit plus tôt
via l’Egypte par des échanges commerciaux classiques.

Les consignes phytosanitaires de quarantaine
n’ont manifestement jamais été respectées.
Logiquement tout palmier à l’exportation est mis en quarantaine
un an chez le pépiniériste fournisseur et un an encore chez les revendeurs.

L’insecte, longtemps regardé de haut par les pouvoirs publics
a pu creuser son sillon dans le paysage circumméditerranéen
avant de toucher à des emblèmes de la Côte d’Azur
et de susciter une prise de conscience en 2010, (http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/AGRG1019588A.pdf )
puis en 2011 (http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/DGALN20118076Z.pdf)

Aujourd’hui son spectre d’impact dépasse largement
le seul Phoenix canarien (Phoenix canariensis) pour saisir des opportunités
que lui permet la présence du Papillon palmivore ayant plusieurs années d’avance
sur son comparse et des espèces de palmiers à son actif.

Paysandisia_archon_MHNT_Fronton

Chamaerops, Washingtonia, Jubaea, Livistona, et autre Phoenix dactylifera,
ces espèces de palmiers qui n’étaient pas vouées initialement à être atteintes
par le Charançon mais qui ont été visitées et forées, voient leur pérennité mise en danger.

Alors que faire ?

1- Tout d’abord, ne pas céder à la tentation du « TOUT CHIMIQUE »
que proposent les marchands du temple.

2- Trouver des subterfuges pour attirer les populations de charançons
dans des zones moins peuplées en palmiers et mettre en place
un nombre de pièges à phéromones pour capturer les adultes en vol.

Rhyncotrak

3- Faire pression auprès du Ministère de l’Agriculture pour que
puisse se mettre en place une TVA exonérée sur l’abattage
ou le traitement des palmiers attaqués, atteints ou morts afin
que les particuliers puissent participer à une lutte mutualisée sans faille de foyers
de charançons laissés en ordre de bataille prêts à essaimer dans des zones alentours.

4- Activer aussi les services du Ministère de l’Agriculture habilités
à officialiser par homologation l’usage de produits moins nocifs
et même plus efficaces afin de multiplier les possibilités de lutte curative
car au regard du rapport de l’ANSES
(Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) relatif à une demande d’appui scientifique et technique sur l’utilisation d’un insecticide à base de Beauveria bassiana (OSTRINIL®) dans la lutte contre le charançon rouge du palmier https://www.anses.fr/sites/default/files/documents/DPR2012sa0132.pdf
on se demande encore pourquoi il faut si peu de temps pour
officialiser l’Emamectine-benzoate et ses procédés contestables
alors que d’autres moyens prophylaxiques plus respectueux
de l’environnement et de la santé des Hommes attendent
encore leur entrée en lice ?

5- Planter des palmiers de petites tailles pour remplacer ceux qui ont disparu,
multiplier la diversité des espèces et oser comme l’ont fait les italiens relancer
notre palmeraie par une plantation massive dans les parcs et jardins.
Les jeunes palmiers moins pourvus de fibres semblent
moins sujets à des attaques de parasites palmivores.

Palmeraie Bordighera

Et puis, c’est un geste salutaire et Ô combien symbolique,
un pied de nez aussi à l’égard de ces marchands qui,
pour nous faire gagner soi-disant du temps ont introduit des palmiers infestés
et ont contribué à l’effondrement d’un paysage emblématique
construit lentement grâce à la passion de jardiniers qui, il y a 180 ans,
avaient imaginé une Côte d’Azur à l’ombre de ces palmiers…

Palmiers (Carte postale Hyères)

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3 réponses à Palmiers en danger ou comment tenter le diable !

  1. Madame HALBERT Dominique dit :

    Bonjour,

    J’habite sur un groupe de logements géré par Habitat Marseille Provence à Marseille(ex OPHLM Ville de Marseille) et j’ai réalisé un petit jardin sur la butte au pied de mon appartement.

    J’ai planté entre autres 3 palmiers des Canaries et d’autres variétés dont deux sont morts depuis un certain temps déjà, je pensais que c’était à cause du froid, mais je ne comprenais pas parce qu’ il s’agissait d’une variété rustique.

    Donc, depuis cet été ou j’ai vu réellement dépérir le palmier des Canaries du jardin (2,5mts de haut environ) et une autre variété dépérit actuellement.
    In investigant sur internet, j’ai compris la réalité de la situation, et j’en suis bien triste.

    Qui pourra m’aider?????
    Depuis 2 jours j’ai contacté Aline ROCCI FREDON PACA à Montfavet.

    Pouvez-vous me conseiller.

    Vos coordonnées m’en été envoyées par Anne-Marie DANIELLE à Marseille.

    Cordialement

    Dominique HALBERT

  2. Nicole COLOMBEY dit :

    Cher Monsieur,
    C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai lu votre article sur le traitement des palmiers, tant il est vrai qu’après le nombre de contre vérités que l’on peut lire et entendre ici et là, il est réconfortant.
    L’ ‘émamectine benzoate est souvent présentée sous un aspect sympathique et rassurant, alors qu’il s’agit d’un pesticide néonicotinoide grand teint comme son prédécesseur le Confidor( imidaclopride- BAYER)
    L’ANSES l’a autorisé sur de fragiles et contradictoires résultats expérimentaux, et afin que cette molécule puisse faire les preuves de son efficacité d’ici à 4 ans sur le terrain . Rien n’est joué d’avance.
    Dans le même temps, des substances authentiquement biologiques ayant à leur actif des résultats expérimentaux préliminaires satisfaisants attendent dans l’antichambre du ministère leur agrément.
    Puissance de persuasion des multinationales agroalimentaires?
    Un espoir cependant. Une tendance de plus en plus forte et persistante voit le jour pour limiter l’emploi des pesticides . Les abeilles payent un lourd tribu, mais les humains y ont leur part avec l’implication de plus en plus pressante de ces molécules dans la survenue de plusieurs types de cancer et dans l’apparition avérée de plusieurs maladies.

  3. Agdaian dit :

    Nématodes efficaces ? Ils meurent avec la larve qu’ils ont infestée. Cher, très cher…

    Replanter des palmiers là où les palmiers sont déjà morts ? Risqué.

    « construit lentement grâce à la passion de jardiniers qui, il y a 180 ans,
    avaient imaginé une Côte d’Azur à l’ombre de ces palmiers… »
    Supprimons les palmiers et remplaçons-les par d’autres espèces.

    J’ai planté il y a 25 ans plusieurs palmiers (Palmier des Canaries, Chamaerops, …) dans le jardin de mes parents. Les palmiers ont poussé, et ont été attaqués par le charançon il y a 3 ou 4 ans. Plutôt que des traitements onéreux, j’ai décidé de m’en débarrasser. A la place, il y aura des Lagerstroemia indica (Lilas d’été). Ça vient aussi d’Asie, mais ça semble moins sensible aux bestioles nuisibles.

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