ABYSSEA ou le projet qui empêche les poissons de dormir !

A l’heure où notre station balnéaire est à l’épreuve de sa saison estivale,
l’attention des esprits est ailleurs…certainement pas à cogiter
sur l’importance d’un projet Off-Shore de grande envergure
qui se trame et prépare sa sortie des cartons en silence, dans la plus grande opacité.

Depuis 2010, un des plus importants projet qui puisse impacter notre grande bleue
et permettre aussi aux énergies fossiles de poursuivre leur épopée est en passe
de s’implanter en arrière-plan des Iles d’Hyères.

bases-test-iles-du-levant

ABYSSEA, c’est son nom, ainsi que celui de sa société, est un projet de création
d’un Centre d’Essai et d’Expertise en Mer Profonde (CEEMP)
au large des îles du Levant d’un montant approximatif de 13 millions d’euros,
financé par le Pôle Mer de la Région PACA et la Caisse des Dépôts et Consignations.

Fiche technique Abyssea.1Fiche technique Abyssea.2

Celui-ci prévoit l’implantation de deux plates-formes sous-marines,
placées à 1.300 et 2.400 mètres de fond et qui seront installées au large de l’île du Levant,
à proximité du Sanctuaire Pélagos (http://www.sanctuaire-pelagos.org/fr/).

Il faut savoir qu’en Méditerranée, les explorations se multiplient.
On recense aujourd’hui près de 232 plates-formes pétrolières !

C’est une zone très riche qui attire les industriels en quête de nouvelles ressources.

ABYSSEA, en terme élogieux et rêveur, cela ferait presque songer
à un conte extraordinaire de Jules Verne, or c’est juste une société
où tous les actionnaires sont des PME du Pôle Mer Méditerranée
liées à la filière pétrolière off-shore.

Concrètement, c’est une plateforme sous-marine – on lui préfère l’appellation « station » pour éviter la confusion avec une plateforme pétrolière- où il sera possible de brancher
des appareils, capteurs, robots, valves, instruments et robots…devant évoluer
dans les grandes et très grandes profondeurs.

Pour imager, c’est une grosse multiprise de courant (6 branchements)
avec un câble d’alimentation électrique à 1.300 mètres sous l’eau et
avec caméra et flux de données pour suivre les tests d’équipements.

La 1ère étape commence avec une installation à 1.300 mètres (9 à 12 mois de travaux) qui,
si le chiffre d’affaires et les essais sont nombreux à cette profondeur,
ouvrira la porte à l’installation d’une autre station à 2.400 mètres de profondeur.

Le coût total s’élève à 12 M€ dont 5 M€ pour la station à 1.300 mètres
et 7 M€ prévus si la station à 2.400 mètres se réalise.

Un câble de 12 km relira la plateforme immergée
à l’Ile du Levant (site militaire) avec le poste de contrôle à terre,
d’une puissance 500kW maximum
(NDLR : la 1ère demande était de 1 MW, très forte puissance, non délivrable par la Défense via la DGA depuis l’Ile du Levant).

Rien ne dit s’il sera pérenne où dépendant d’une servitude encadrée
par une concession ou un bail.

Les domaines concernés par cette implantation concernent tout ce qui touche
à la recherche, exploitation pétrolière et minière offshore et en grande profondeur.

Il n’y a aucun projet de tests d’équipement ou de recherche en vue des énergies renouvelables sous-marines par grand fond : motif pourtant avancé dans le dossier d’instruction de subvention régionale à hauteur de 600.000,- € (versée en 2011).

La Région PACA s’est bel et bien fait rouler dans la farine !

Il n’y aura pas de forage pétrolier ou gazier à cet endroit, c’est une station de tests
pour ce domaine d’activité (offshore profond) mais pas sur ce lieu précis.
Aucun fluide pétrolier ne sera testé sous l’eau sur cette plateforme.

Cependant, c’est une 1ère mondiale si le projet se réalise car cela offre un lieu
de tests à faibles coûts pour les entreprises liées au monde de l’off-shore pétrolier.
Pour tester dans des conditions semblables du matériel pour exploitation en grandes profondeurs, il faut des navires sur zones (loin des côtes), beaucoup de logistique,
des conditions météo très clémentes…cela coûte des centaines de milliers de dollars
par jour actuellement.

L’Etude d’impact menée par CREOCEAN, déposée en préfecture en décembre 2012,
subit des va-et-vient avec les services de la DDTM qui soulèvent des interrogations,
cette étude est à l’heure actuelle non communicable.

A noter que ce laboratoire qui travaille en étroite collaboration avec TOTAL
pour l’amorce de ses plateformes pétrolières, connait bien le sujet
pour l’avoir déjà éprouvé en d’autres lieux sur la planète.
(http://www.creocean.fr/contenu/,references,4?idzg=-&idp=-&idtheme=6)

Même si CREOCEAN affirme que l’impact sur les grands mammifères marins est nul,
on sait par des contre-expertise que les nuisances sonores pertuberont la vie des baleines,
dauphins et autres pensionnaires du sanctuaire PELAGOS.

actualité-pelagos-2012

Curieux aussi dans ce projet, c’est la collusion à laquelle on pourrait conclure
entre les porteurs de ce projet et le parcours professionnel du Directeur
du Pôle Mer Méditerranée, (ancien directeur de Cybernetix, « acteur leader dans les technologies sous-marines et la robotique pour l’Onshore et l’Offshore pétrolier »)
http://www.cybernetix.fr/ …mais c’est sans doute une vue de l’esprit !

Par ailleurs, pas de méprise, il faut se garder de toute confusion entre le projet
de plateforme pétrolière au large de Toulon (« permis Rhône maritime, MELROSE »
soumis à une forte mobilisation/ Trafalgar des pétroliers, collectifs citoyens)
et ce projet de plateforme sous-marine « dédiée » aux activités de recherches
et de mise en condition de matériel et technologies pouvant être utilisées
dans l’exploitation pétrolière même si de l’un à l’autre,
il n’y a qu’un câble à brancher…

Il y a cependant un flou sur la localisation du site qui fut tout d’abord prévu
au Sud de l’Ile du Levant puis décalé à l’Est sur injonction de la Préfecture maritime
ce qui implique plus de contraintes notamment vis-à-vis des activités de la DGA
pour ABYSSEA.
Les raisons de la re-localisation n’étaient pas clairement exprimées.

Pour en finir sur le sujet il est regrettable que 600.000,- €uro de la Région
furent employés pour aider les groupes pétroliers à tester du matériel, des procédures
et des technologies pour aller chercher toujours plus profond de l’énergie fossile
aux fonds des mers et des océans…alors que l’innovation et ses retombées économiques par le biais des énergies renouvelables n’en finissent plus d’agoniser…

L’Enquête publique annoncée tantôt pendant l’été devrait être lancée fin 2014 début 2015.
Les citoyens lanceurs d’alerte auront donc leur mot à dire, mais, à ne pas en douter,
la lutte devra s’organiser et faire appel à d’autres méthodes plus percutantes
sur le plan médiatique, citoyen et juridique.

Les élu(e)s du littoral, aussi, devront se mobiliser et s’opposer vivement à ce projet
qui risque de mettre en péril l’avenir de notre littoral méditerranéen,
sa vie marine et son activité touristique.

Espérons que la beauté de nos paysages et son lien indéfectible
avec l’envie de plusieurs milliers d’individus de les contempler
prévaudrons sur l’intérêt particulier de quelques pétroliers !

Plus d’informations :

http://projet-eyesea.reaco.fr/

http://projet-eyesea.reaco.fr/interview/la-deputee-europeenne-michele-rivasi-contre-le-projet-du-ceemp/

http://www.non-aux-hydrocarbures-en-mer.org/index.php/component/content/article/14-articles-exemples/131-le-groupe-semaphore-des-abysses

Ce contenu a été publié dans Billet d'humeur, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à ABYSSEA ou le projet qui empêche les poissons de dormir !

  1. Lustig dit :

    Bonjour Monsieur, J’ai lu votre exposé avec beaucoup d’intérêt.
    Une enquête d’utilité publique est ouverte en mairie de Hyères depuis le 5 novembre jusqu’au 5 décembre 2014. Il serait judicieux que vous consigniez vos observations et communiquiez cette information à vos abonnés.

    • Jean-Laurent Félizia dit :

      Ma contribution est en cours de rédaction.
      Elle sera présentée Jeudi 20 Novembre en Commission Environnement au Lavandou.
      Enfin, je la remettrai au commissaire-enquêteur avant la fin de la procédure d’enquête publique.
      Bien à vous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *